Un hommage à Yves Brunel par Christiane Bouclet (Ancienne enseignante et ancienne présidente de l'AFAS)


Tous, jeunes et adultes, Sourciers, (comme Yves aimait le dire), nous avons voulu nous réunir pour nous rencontrer, nous souvenir un homme qui, pendant 27 ans a joué un rôle central.

En cet instant, nous reconnaissons un homme, une oeuvre, qui s'inscrit dans une histoire à laquelle il convient de se relier.

Je prends la parole ici, au nom des fondateurs, au nom de l'AFAS, dont le rôle est justement d'être garant de la pérennité pédagogique de La source pour que la passé puisse, sans nostalgie, être intégré et être porteur de la continuité de demain.
Et l'histoire de la Source est faite à la fois de rupture et de continuité .

Yves est arrivé parmi nous en 1975. enseignant en lettres classiques, Il avait 30 ans ! La Source aussi
D'emblée, il se trouva devant un certain nombre de défis à relever ;


C'était une époque charnière, L'après 68, comme on dit, La Source devait s'adapter à son agrandissement et à l'évolution de la société, elle était remuée par des courants contradictoires :
Devait-elle devenir une école parallèle et privilégier l'autogestion où toute forme d'autorité devenait suspecte ou devait-elle s'adapter et prendre en compte les transformations indispensables imposées par un environnement en pleine mutation ?
C'est dans ces conditions que Françoise Jasson a été amenée à quitter La Source, pensant, avec beaucoup de sagesse, que son départ pourrait faciliter une évolution en profondeur. Elle nous avait confié, avec beaucoup d'émotion, « Si je veux sauver La Source, il faut que je parte !».

Yves devait succéder à Françoise Jasson qui, bien que parfois critiquée par certains, bénéficiait d'un réel charisme . Pour nombre d'enseignants, de parents et d'éducateurs, elle était la référence, elle était porteuse d'un message.. Rappelons que c'est elle que Roger Cousinet et François Chatelelain , des psychopédagogues particulièrement novateurs en terme de pédagogie et de vision de la société avaient choisi en 1945 pour créer et diriger cette école et expérimenter leurs projets pédagogiques, dans ce grand mouvement de l'Education Nouvelle.

Outre le fait qu'il devait succéder à Françoise Jasson et ce n'était pas si simple, Yves devait d'emblée être confronté à une situation complexe à gérer:une situation financière à assainir (Françoise Jasson était plus pédagogue que gestionnaire !).
Des divergences d'opinions un projet novateur à poursuivre en lui donnant les priorités indispensables dans un monde en effervescence où existait le risque d'une dispersion voire d'une certaine paralysie.

Il s'agissait de passer d'une école « à caractère familiale » où le temps des pionniers, du bénévolat et la concertation spontanée ne pouvaient plus suffire à une organisation, une institution où les règles du jeu et le cadre de fonctionnement devaient être mieux définies pour faire face au développement de l'école, et à ses nouveaux enjeux .

II s'agissait aussi de rester fidèle à l'Esprit de l'Ecole nouvelle (Yves a très vite connu ses classiques !) tout en recréant des repères pour chacun et une forme d'autorité indispensable aussi bien au développement de l'enfant et de l'adolescent qu'au fonctionnement de l'établissement.

Mais l'homme était opiniâtre et tenace. Très intuitif, il bouillonnait d'idées et restait très en contact avec l'évolution de la société. II a su se situer dans ces différents courants, associant tous les partenaires, parents, éducateurs, enseignants, acteurs incontournables du projet pédagogique.
Il suscita donc un important travail pour préciser le cadre institutionnel, définir les structures , ce qui devait permettre à chacun de trouver sa juste place dans les différentes instances.
Dans le même temps, l'évolution pédagogique se concrétisait par des projets permettant de structurer et de donner sens à l'action éducative.

On peut citer : évaluation plus rigoureuse des connaissances , sans pour autant les sacraliser une vie sociale où les règles étaient mieux définies et contrôlées mise en place de la méthodologie, des contrats, donnant ainsi à l'élève le maximum de repères et davantage d'autonomie, des projets interdisciplinaires, projet du lycée : projet fédérateur pour une équipe enseignante un peu dispersée, ce furent les unités de formation capitalisables, les UF, la possibilité donnée aux élèves de ne pas redoubler (les cursus),
les stages en entreprises et leur évaluation par des jurys de professionnels
Elargissement de la dimension internationale, développement des voyages à l'étranger , introduction de l'anglais au niveau 1
Journée autre culture

Je suis bien consciente qu'en faisant cette petite rétrospective, de ne pas être complète et de ne traduire que partiellement la richesse de l'homme qui a su s'insérer dans son temps
....mais aussi dans les choses de la vie ! Un certain nombre d'élève se rappelle les matchs de foot avec lui, ou les défis de la voile (on l'a vu sur les photos !) privilégiant à ce moment, toutes les activités qui permettent au jeune de s'affirmer et de s'exprimer dans les domaines les plus variés.

Yves savait aussi faire la fête et introduire la convivialité, essentielle dans les rapports humains, non exempts de tension. Nous nous souvenons de la fête chez Gégène, du Parce de St Cloud, du dîner sur la péniche, des brochettes de fin d'année, et j'en oublie mais ce dont je suis bien sûre, c'est qu'il nous a marqué par son humanité au delà des désaccords qui ont pu survenir, inhérents à toute organisation sociale confrontée au changement.

Je peux aussi témoigner combien Yves a su faire preuve de délicatesse dans les difficultés ou les deuils qui ont frappé bon nombre d'entre nous.
Et quand je vois toutes ces photos, dans leur diversité, , y compris les visages de ceux qui ne sont plus, j'ai souvenir d'avoir partagé avec Yves la peine de leur départ ; je pense ici tout particulièrement à Danielle, à Gérard, à Robert ....qui furent pour beaucoup d'entre nous des amis et des collègues.
Merci à Yves Rousselet de nous les avoir rendu présents.

Je voudrais remercier particulièrement Nicole Durand, mais aussi Marie José, Maria, l'équipe de direction, et d'encadrement qui a su faire la transition nécessaire pour que la vie continue ..merci à Pascal Dorival pour sa présence active... et vous tous qui nous permettent de nous souvenir ensemble .

Nous avons conscience ce soir de nous inscrire dans une histoire et qu'il convient de nous relier à celle-ci. C'est sur ce terreau, nourris par des hommes et des femmes de qualité et toutes ces forces vives présentes ici même qu'il convient de continuer cette oeuvre qui nous tient à coeur , de développer ce projet d'école en perpétuelle évolution.

Texte de l'hommage rendu le 23 janvier 2002

Christiane Bouclet

     




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